
Travailler au milieu des manchots empereurs.
Travailler sur la banquise.
Travailler avec un robot qui ressemble à un petit chien blanc.
Aller au travail en toboggan.
Amener son matériel sur une pulka (un traineau qui se tire).
Enregistrer les chants impériaux.
Jouer à « où est Charlie ».
Voilà à quoi j’occupe mes journées depuis deux mois. En contrepartie il me faut rester sans trop bouger (pour ne pas déranger les empereurs et ne pas faire de bruit sur l’enregistrement) et sans congeler à -15 ou -20°C, habillée en bibendum ! Ca en vaut largement la peine.
Le résultat c’est ça :
Chant de femelle
Chant de mâle
Le chant des empereurs comporte les informations suivantes : « je suis un manchot empereur » (chant caractéristique de l’espèce), « je suis un mâle/une femelle » (la structure du chant est différente pour les mâles et les femelles, c’est au chant que l’on peut les sexer), « je suis untel » (chaque manchot a son propre chant, toujours le même, et les deux partenaires d’un couple se reconnaissent au chant).
Mon travail devra servir à voir s’il existe d’autres informations transmises par le chant. Il pourrait y avoir une information sur la qualité corporelle de l’individu (par exemple, s’il est gros et rempli de réserves, ce qui est un avantage pour jeûner tout l’hiver, ou au contraire s’il est maigre). Ces informations pourraient jouer lors de la formation des couples. Cela a été montré, entre autres, chez les manchots Adélie.
Quand il fait beau, ou plutôt quand il n’y a pas trop de vent, je vais enregistrer les chants de nos voisins les empereurs. Pour se rendre à la colonie, il faut traverser l’île et souvent je passe par le toboggan à manchots, une grande pente de neige où on glisse sur les fesses du sommet de l’île au niveau de la mer (bon en fait, j’aime bien y passer, mais ensuite ça me fait râler car je me retrouve avec des gants plein de neige, ça refroidit les doigts en fondant). Je récupère une partie de mon matériel stocké au shelter (=cabane) du mât iono puis je pars sur la banquise en trainant mon matériel dans une pulka.
Mon enregistreur est placé sur un robot (une voiture télécommandée modifiée) qui me permet d’approcher les manchots sans trop les déranger. Je l’approche d’un petit groupe. Lorsqu’un manchot chante, je note l’heure, puis j’essaye de le suivre des yeux. J’essaye d’enregistrer son chant plusieurs fois de suite. Si cela est possible, je le marque avec un pinceau placé au bout d’une perche, et une peinture spéciale. Cela me permettra de le suivre pendant toute la saison.
Tous les jours, même quand il y a beaucoup de vent, je vais faire un ou deux tours de la colonie pour rechercher les 50 manchots marqués parmi les 6500 que compte la colonie ! Les marques sont des taches de peinture qui ressemblent aux traces de caca qu’ils ont lorsqu’ils se couchent par terre. Malgré cela j’en vois une vingtaine tous les jours.
Au-delà de mon travail, c’est un vrai plaisir pour moi de passer tant de temps avec eux. J’ai pu observer plein de choses. Ils me font souvent beaucoup rire. Il y a par exemple Groseille, la première femelle que j’ai marquée. Elle venait nous voir très souvent, maintenant elle est repartie en mer.
Allez-donc lire son portrait dans notre 5ème journal :
http://www.ipev.fr/pages/ta61/accueilTA61.html
Lors de la parade, les manchots « se bloquent » dans cette position,cous tordus et face à face, pendant quelques minutes
Au mois de mai, j’ai pu voir de nombreuses pontes, puis la passation de l’œuf et le départ de la femelle. A ce moment là, les couples chantent en duo, je les ai enregistrés. Je décris ce qui se passe et toutes les bizarreries que j’ai observées dans le 6ème journal de notre mission http://www.ipev.fr/pages/ta61/accueilTA61.html
Lisez donc, c’est intéressant, je n’ai juste pas le courage de tout répéter ni de vous endormir avec un message bien trop long.
Et puis quelques autres photos juste parce qu’elles sont belles !


Voici ce qu’on peut voir dans le ciel ces derniers temps…
Les deux photos ont été prises l’une après l’autre, d’un côté et de l’autre du ciel. Autant vous dire que je ne dors pas beaucoup certaines nuits ! (bon, je sais, je vous ai révélé qu’en photo c’était bien plus impressionnant qu’en vrai, mais chez nous ça bouge, et en ce moment ça bouge énormément !)
PS : je m’excuse d’être peu bavarde sur ce blog… Ce n’est pas que je ne pense pas à vous ou que je ne vous aime pas. Je préfère juste passer mon temps en compagnie des empereurs, de la banquise et des aurores plutôt qu’avec mon ordinateur !
Si vous voulez plus de nouvelles, allez donc lire :
- la gazette de DDU, cf plus haut (j’écris la partie sur les manchots) :
http://www.ipev.fr/pages/ta61/accueilTA61.html
- les actualités de la manchotière sur le site de l’IPEV, des photos et quelques nouvelles toutes les 2 semaines :
http://www.institut-polaire.fr/ipev/actualites/tout_public/des_nouvelles_du_terrain
- les nouvelles que j’envoie au Grand Bivouac :
http://www.grandbivouac.com/bivouac-cafe/actualite-bivouac-cafe/85/2196-francoise-amelineau-hivernage-antartique-terre-adelie
- et bien sûr tous les blogs des autres hivernants qui vous décrivent un peu plus en détail la vie dans notre village !!





OUAAAAA !! OUAAAAAAAAA ! OUAAAAA !!! Tout ça est bien superbe !! ne t'inquiète pas, on n'a bien compris que tu préférais les Empereurs à nous :p
RépondreSupprimerça fait bien plaisir de te lire de nouveau ! Contente de voir que tout va bien dans le grand Sud, et que tu t'éclates avec les manchots. Hâte de lire de nouveau tes aventures, mais ne t'inquiètes pas pour l'attente, profite au max, c'est le plus important.
RépondreSupprimerC'est fantastique, ça fait rêver !
RépondreSupprimerBises