jeudi 12 janvier 2012

La vie d’un caillou en Terre Adélie


En mars dernier, alors que je pensais avoir un peu de répit jusqu’à l’année prochaine, je me suis retrouvé dans le bec d’un manchot prévoyant. A l’heure où ses congénères désertent les colonies pour muer, mon nouveau propriétaire prenait de l’avance en construisant son nid pour l’été prochain. Facile, plus personne pour nous défendre. Son nid était un château-fort regroupant tous les cailloux du voisinage.

J’ai donc passé mon hiver au sommet, avec vue sur la mer puis rapidement sur la banquise. La neige, qui parfois venait délicatement me recouvrir ne restait jamais bien longtemps. Le moindre coup de vent la balayait. Ce vent pouvait être si fort qu’il nous faisait trembler. Il faisait froid, d’autant plus que le soleil restait discret et les nuits étaient longues. Petit à petit, le soleil est revenu, jusqu’à nous réchauffer quelque peu.


Le 20 octobre dernier, la rumeur circula qu’un petit teigneux était rentré. Déprime. L’infernale vie estivale allait recommencer. Il a fallu attendre 8 jours pour que l’un d’entre eux foule le sol de ma colonie, fort heureusement assez loin de chez moi. Il s’est installé sur un autre gros tas de cailloux et a attendu les autres. Les suivants ont fait de même sur les quelques nids bien garnis. Mon nouveau propriétaire est arrivé le 3 novembre. Ce n’était pas celui de mars. Premier arrivé, premier servi !

Il nous a gratouillés mes semblables et moi pour se confectionner un creux confortable puis s’est couché. Quel plaisir de sentir sa douce chaleur me réchauffer ! Mais cela n’a pas duré. Les voisins sont rentrés. Les vols ont commencé. Le voisin du dessous s’étant généreusement servi d’un côté, le nid s’est affaissé. Je me suis retrouvé au bord, en équilibre. Finie la chaleur du manchot. De temps en temps mon propriétaire me donnait un petit coup de bec pour me replacer correctement. Il s’est ensuite trouvé une dame, et à partir de ce jour a recommencé à accumuler mes semblables. A chaque fois, il revenait tout fier avec un nouveau trophée dans le bec qu’il déposait aux pieds de madame.

Un jour qu’il était parti à la chasse le voisin profita d’un moment d’inattention de madame pour me prendre du bec et me glisser dans son nid. Puis ce fut le voisin du voisin qui m’attrapa, manchot assez maladroit pour me laisser tomber en route un peu plus loin avant de repartir comme si de rien n’était. J’ai roulé, roulé tout en bas de la colonie. J’ai atterri dans un tas de semblables abandonnés… Et zut ! Heureusement, je ne suis pas resté bien longtemps au milieu de nulle part. Un manchot m’a choisi. La valse des nids a vite recommencé. J’ai fini par avoir la chance d’être placé bien au milieu de l’un d’entre eux, à l’abri des convoitises, juste sous les deux œufs, bien au chaud… Le mois de décembre fut on ne peut mieux pour un caillou comme moi. De fortes chutes de neige ont eu lieu à plusieurs reprises. Mon nid était tellement beau que je ne me suis jamais retrouvé dans un torrent boueux d’eau de fonte. Le bonheur !



Et maintenant ce sont deux petites boules de duvet qui me recouvrent !! Cet été restera gravé dans ma mémoire de caillou !

3 commentaires:

  1. b.oustric@yahoo.fr12 janvier 2012 à 23:35

    Merci Françoise pour cette belle histoire.
    Bonne Année 2012 Tu rentres quand en France ?
    Joyeux Anniversaire.
    A Zellidja Pays de Loire tout va bien !
    Bises,
    Bernard

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    1. belle histoire pour les soirs de veillée à raconter à nos petites filles.belle histoire pour un illustrateur.
      merci pour cette vision du monde "nature".
      Claude et gilles (ou comment naviguer à jard sans bateau)

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  2. Jolie histoire de petits cailloux, je la raconterais aux enfants que je garde en baby-sitting, c'est beaucoup plus original!
    Bonne chance dans ce froid!

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